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Exposition permanente aux pesticides dans nos campagnes

Une enquête de l’association Générations Futures montre que les riverains des zones cultivées sont exposés à une moyenne de 20 pesticides à leur domicile, tout au long de l’année. Ces résultats montrent l’urgence d’appliquer au plus vite une réglementation concernant les perturbateurs endocriniens* au niveau européen.

 

Générations Futures, ONG spécialisée dans le domaine des pesticides, vient de dévoiler les résultats de tests menés dans 22 logements situés à une distance comprise entre 1 et 200 mètres des zones viticoles, arboricoles, de grandes cultures et de mélange de ces cultures.agriculteur pesticides

L’association reconnait que son enquête n’a pas la valeur d’une étude scientifique (le nombre d’échantillons en faible et il n’ y a pas eu de comparatif avec des zones moins exposées). Mais l’association dit vouloir « alerter sur le fait que des personnes sont en permanence exposées à des résidus de pesticides ».

Un kit de prélèvement fourni par Kudzu Science a été remis aux 22 foyers participant à l’enquête. Ceux-ci ont ensuite prélevé les poussières de leur habitation à l’aide de ce kit et d’un aspirateur domestique en juillet 2015.  5 de ces mêmes foyers ont à nouveau effectué des prélèvements en janvier 2016.

« Les résultats vont au delà de ce que nous avions imaginé » déclarent François Veillerette et Nadine Lauverjat, de Générations futures :

  • Entre 8 et 30 pesticides par habitation ont été détectés dans la poussière des habitations testées, sur les 61 pesticides recherchés ;
  • On retrouve en moyenne 20 pesticides par habitation testée, dont près de 12 sont des perturbateurs endocriniens (PE) potentiels  ;
  • 17,6 mg de pesticides quantifiés par kg de poussières, dont 17,3 mg sont des PE potentiels. L’exposition aux pesticides dans ces logements induit donc une exposition également très importante aux PE ;
  • 3 produits sont retrouvés dans la totalité des échantillons : perméthrine, tebuconazole et dimethomorph ;
  • l’herbicide diuron, pourtant interdit en France depuis décembre 2008, a été retrouvé dans plus de 90% des habitations ;
  • la concentration des pesticides baisse en hiver (période sans épandage) sans pour autant tomber à zéro.

« Ces résultats montrent clairement que les personnes vivant prêts des zones cultivées sont exposées chez elles toute l’année à un cocktail important de pesticides, dont de nombreux sont des perturbateurs endocriniens potentiels. Ce fait illustre l’urgence qu’il y a à modifier les pratiques agricoles et à faire en sorte qu’on interdise les pulvérisations des pesticides de synthèse à proximité de zones habitées.  » déclare François Veillerette, porte-parole de Générations Futures, qui affirme que ce travail « montre l’urgence de la publication d’une définition des perturbateurs endocriniens réellement protectrice au niveau européen. »

 

En effet, il n’existe pas de réglementation visant spécifiquement ces substances, alors que les preuves de leur dangerosité s’accumulent. Censée produire une définition précise de ces contaminants en décembre 2013 au plus tard, la Commission européenne n’a toujours pas réglementé les perturbateurs endocriniens. L’association espère que son étude viendra conforter la volonté du gouvernement français d’exiger que Bruxelles aboutisse enfin.

Dans un article paru dans Le Monde, François Veillerette condamne « un système d’homologation des pesticides qui sacrifie volontairement l’environnement et la santé des citoyens au profit de l’agrochimie ». « Il revient aujourd’hui à la Commission européenne, ajoute-t-il, de démontrer qu’elle va changer de pratiques et mettre en avant la sécurité. »

*  Qu’est qu’un perturbateur endocrinien (PE) ?

Les perturbateurs endocriniens sont présents dans des pesticides, des plastiques, des cosmétiques, etc. Ces substances chimiques d’origine naturelle ou artificielle sont étrangères à l’organisme. Elles peuvent interférer avec le fonctionnement du système endocrinien et induire des effets néfastes sur l’organisme d’un individu ou de ses descendants. Les PE sont suspectés de provoquer ou favoriser certains cancers (prostate, testicule, sein), des perturbations du système hormonal (obésité, diabète) et de la reproduction, ainsi que des troubles de développement du fœtus.

Parmi ces PE, on trouve le fameux Bisphénol A (BPA), certains phtalates (additifs plastifiant du PVC souple), des parabènes (conservateurs de certains cosmétiques), des composés perfluorés (revêtement antiadhésifs), et bien-sûr nombre de pesticides…

Bernard Clavière

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